Contexte électoral au Rwanda, commémoration en Birmanie, Ramadan... l'analyse GEOS

Rwanda : Contexte électoral
Alors que le scrutin de l'élection présidentielle est prévu pour le 9 août prochain, les arrestations de membres de l'opposition et les affrontements entre forces de polices, partisans du parti au pouvoir et de l'opposition se multiplient, contribuant ainsi à une forte instabilité politico-sécuritaire.

contexte-electoral-au-rwanda-commemoration-en-birmanie-ramadan...-lanalyse-geos-NBYTnh.jpg

Le Rwanda, actuellement en campagne électorale pour l'élection présidentielle du 9 août prochain, fait face à une recrudescence des violences, des attentats et des assassinats depuis près de 5 mois. En outre, selon de nombreuses sources concordantes, les arrestations d'opposants se multiplieraient à travers le pays et la censure imposée aux journalistes serait quotidienne, engendrant dès lors de vives protestations de la part de la population ainsi que des leaders des partis et associations politiques d'opposition.

Le Président Paul Kagame est en effet candidat à sa propre succession pour un 2e mandat, après avoir été élu une 1èrefois en 2003, alors qu'il avait pris le pouvoir en juillet 1994 à la suite du génocide ayant eu lieu dans le pays. Les principaux leaders de l'opposition n'ont pas reçu l'autorisation gouvernementale de se présenter à l'élection présidentielle, laissant dès lors le Président Paul Kagame en concurrence avec 3 partis d'opposition moins importants et réputés proches du parti au pouvoir, le Front Patriotique Rwandais (FPR).

En effet, afin de pouvoir former un parti politique officiel puis de pouvoir se présenter à des élections, une autorisation émanant du gouvernement est obligatoire. Dès lors, de nombreuses contestations ont émaillé la période pré-électorale, accusant le Président Paul Kagame de « choisir ses opposants ». En outre, l'environnement politique du pays a été marqué ces dernières semaines par des assassinats, des tentatives d'assassinats et des arrestations de membres de l'opposition ou de journalistes ne respectant pas la censure imposée par la présidence.

Toutefois cette instabilité politique pourrait également être en partie imputée aux différentes associations politiques et partis d'opposition. En effet, l'opposition ne participerait réellement à l'activité politique et économique du pays qu'en période électorale, profitant de la médiatisation internationale du pays pour lutter contre le Président Paul Kagame. Les politiques menées par ce dernier auraient permis une indéniable amélioration de la situation socio-économique du pays, profitant à l'ensemble de la population.

Ainsi, aux yeux d'une grande partie de la population, les partis d'opposition apparaissent marginaux et relativement peu visibles.
Cette situation trouverait toutefois une explication supplémentaire dans les mesures radicales, de plus en plus autoritaires du régime de Kigali. En effet, les militants d'opposition, la population ainsi que les membres dissidents du gouvernement ou de l'armée n'oseraient plus critiquer ouvertement le parti au pouvoir par crainte de représailles des autorités. Dès lors, l'élection présidentielle apparaîtrait peu significative aux yeux de la société civile rwandaise ; les seules incertitudes résideraient dans le taux de participation ainsi que dans le score du Président sortant par rapport au scrutin de 2003.

Dans ce contexte, l'élection présidentielle ne devrait pas permettre une amélioration du contexte politico-sécuritaire mais pourrait dès lors engendrer de nouvelles violences postélectorales. De plus, selon des sources locales, l'armée rwandaise aurait récemment fait face à de très nombreuses désertions, tant de la part d'Hutus que de Tutsis. De nombreux soldats auraient décidé de rejoindre les rangs de la coalition des combattants des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) ainsi que d'autres groupes rebelles basés dans la région du Kivu (Est), en République Démocratique du Congo afin de tenter de renverser le pouvoir au Rwanda.

 

8 août 2010 : Birmanie - Commémoration

Le 8 août prochain aura lieu la 22e commémoration des protestations étudiantes de 1988 qui avaient précédé les élections législatives remportées par la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) et invalidées par la junte. Cette date marque le début de l'isolement international du pays et le basculement de l'opposition démocratique dans la clandestinité. Cette commémoration sera essentiellement célébrée par les membres de l'opposition en exil.

La commémoration de cet événement dans le pays, appelé le « 8888 », sera clandestine, du fait de son interdiction par la junte. Les anciens contestataires qui avaient pris part au mouvement et qui ont échappé à l'emprisonnement, sont réunis en association secrète et font l'objet d'une véritable traque de la part des services de renseignements birmans. Le gouvernement leur impute l'ensemble des attentats qui ont eu lieu à Rangoon ces dernières années et dont le dernier remonte à avril, durant les festivités du nouvel an birman dans l'ancienne capitale du pays.

En réalité, le « 8888 » apparaît comme une date symbolique qui regroupe l'ensemble de l'opposition. Ses membres sont relativement peu nombreux mais bénéficient d'un important soutien populaire latent dans les principales villes du pays telles que Rangoon et Mandalay. Ses effectifs semblent en outre s'être renforcés depuis la révolution Safran de septembre 2007. Cependant, la capacité d'action de ce mouvement d'opposition apparait très limitée compte tenu du très fort contrôle qu'exerce le pouvoir sur la population. Néanmoins, le risque d'un attentat, localisé et de faible ampleur, à Rangoon et à Mandalay dans les semaines à venir demeure possible en dépit d'une certaine réticence à cautionner ce type d'action affichée par l'opposition.

La symbolique de cette date est accentuée par le contexte des prochaines élections générales, les premières en 20 ans, qui doivent se tenir en octobre, bien que l'issue du scrutin ne fasse pas de doute. En effet, depuis 1990, les élites dirigeantes birmanes ont mis en place un système politique global empêchant toute alternative politique et où le contrôle sur la population est quasi-total. La nouvelle Constitution, adoptée en 2007, dont l'élaboration et la rédaction aura pris environ 17 ans, vise à pérenniser discrètement le contrôle de l'armée sur le pays. En effet, les généraux abandonnent leurs uniformes pour se regrouper sous la bannière d'un nouveau parti politique civil afin d'accentuer la légitimité de leurs actions.

Dans cette perspective, l'armée continuera d'exercer son pouvoir, par la voie civile. Sur le plan économique, un certain nombre de sociétés d'Etat ont été privatisées, mais placées sous le contrôle des généraux. L'objectif de ces modifications institutionnelles, politiques et économiques serait de faire apparaître la junte comme plus consensuelle aux yeux de sa population, - les généraux craignent perpétuellement un soulèvement populaire -, mais également auprès de la communauté internationale. A cet effet, les partis d'opposition « officiels » devraient voir leurs statuts et leurs compétences s'accroître sensiblement tout en demeurant étroitement contrôlés par la junte.

Enfin, si les développements politiques récents témoignent d'un certain pragmatisme des généraux birmans, il n'en demeure pas moins qu'ils laissent également transparaitre une certaine fébrilité chez ces derniers qui pourrait à terme impacter sur l'évolution du pays.

 

Pays à majorité musulmane : Ramadan

En raison du Ramadan, qui devrait débuter le 11 août prochain, des perturbations des activités professionnelles pourraient survenir dans les pays à majorité musulmane. Certains éléments radicaux pourraient également tirer profit du caractère symbolique de cette période pour perpétrer des attaques. 

Le 9e mois du calendrier musulman, mois saint pour les musulmans, durant lequel ceux-ci observent le jeûne, l'un des 5 piliers de l'Islam, devrait débuter le 11 août prochain. Certains musulmans insistent sur l'observation locale de la Lune pour marquer le début du Ramadan, mais d'autres se fondent sur la déclaration saoudienne, afin de déterminer le début du mois. La nouvelle Lune n'étant pas visible partout au même moment, les dates peuvent varier d'un pays à l'autre. La date vraisemblablement observée dans la majorité des pays serait le 11 août.

Les attaques perpétrées par des groupes terroristes islamistes augmentent traditionnellement durant ce mois, dans les pays affectés par cette menace. Un pic de violences, comprenant des actes terroristes attribués aux insurgés sunnites liés à Al-Qaïda, ainsi que des heurts intercommunautaires, est ainsi généralement observé en Irak. En Algérie, les actes terroristes se multiplient souvent à l'approche de cette période. Le mois de Ramadan est considéré comme une période religieuse dédiée à la spiritualité et à la dévotion, mais également comme un mois durant lequel Allah a accordé de grandes victoires aux musulmans. Des éléments radicaux sont ainsi susceptibles de perpétrer des attaques de grande ampleur, auxquelles la date confèrerait une portée symbolique majeure.

En Malaisie et en Indonésie, des incidents impliquant des milices pro-islamiques et islamistes et les minorités religieuses sont également susceptibles d'intervenir. En effet, le Ramadan constitue une période privilégiée durant laquelle les polices religieuses organisent de nombreuses patrouilles afin de rappeler aux musulmans considérés comme moins orthodoxes les bonnes pratiques, comme dans la province indonésienne d'Aceh. Par ailleurs, en Indonésie, le nombre d'attaques contre des lieux de culte chrétiens ou bouddhistes est supérieur à la moyenne annuelle pendant le Ramadan.

 

CONTACT

OUTILS

VOUS SOUHAITEZ CONTACTER NOS EXPERTS ?
Tiphaine de NAZELLE
Responsable Communication 
En savoir plus sur le groupe GEOS

Télécharger la fiche experts GEOS
Accéder à la lettre mensuelle de l'actualité du risque 
Recevoir chaque jour les analyses GEOS - offre d'essai

 

Publié le
03-08-2010
Avec les tags :
Cet article a été relu et validé par notre équipe éditoriale. Signaler un contenu inapproprié.

 

Documents associés : Images(s) : 1 Doc. pdf : 0

A lire aussi